« J’en peux plus, les enfants sont énervés, ils se disputent sans cesse ….»
 « 24 h sur 24 avec mon conjoint, … comment dire …. c’est compliqué … »
« Le boulot qui déborde sur mon espace privé, les repas, le confinement, les enfants qui crient. Je vais exploser ! »
«  Cette solitude sans fin, me retrouver seul(e) face à moi-même …. c’est d’une tristesse ! » 

Quand confinement rime avec enfermement, il est très difficile de rester dans un état d’esprit serein, une dynamique constructive. 

Comment dans ce cas mettre du sens dans ce que l’on vit, cette expérience hors norme, inédite, à laquelle rien ne nous a préparés ? 

L’idée ici n’est pas de donner des recettes toutes faites, s’il en existait cela se saurait ;-).
Ce n’est pas non plus de donner des leçons. Tout comme vous, nous expérimentons cette période déstabilisante avec humilité, en passant par un prisme étendu d’émotions, pas toujours agréables à vivre. 

Notre intention est davantage de vous aider, à la mesure de nos moyens, à traverser le confinement du mieux possible. 

Du mieux possible, pour nous cela veut dire sans ternir l’image ou l’estime de soi. Ce qui peut arriver quand on « pète un câble »,  ou plus prosaïquement, quand on ne réagit pas comme on aimerait pouvoir le faire, de façon zen, tranquille. Vous voyez ? à la Pharell Williams quand il chante « Be happy, don’t worrry » .
Cela veut dire aussi, sans y laisser de « plumes » au niveau familial ou conjugal.
Pour les personnes qui sont confinées seules, et qui doivent donc composer avec elles-mêmes, cela veut dire sans avoir (trop) l’impression de tourner en rond, d’avoir un horizon si restreint qu’il en devient anxiogène. 

Alors comment s’y prendre quand on en a déjà marre, et que l’on sait que la situation va encore durer plusieurs semaines ?

Notre première invitation : cultivez l’indulgence et l’encouragement vis à vis de vous-même

Installez-vous dans un endroit calme, seul(e) – si vous vivez à plusieurs. Un endroit où vous ne serez pas dérangé(e).

Prenez au moins trois grandes respirations, à votre rythme. Avec amplitude.

Puis câlinez-vous.
Oui, oui, vraiment, ce n’est pas une image ni une métaphore. Prenez-vous dans vos bras : très concrètement, comme si vous croisiez les bras à hauteur d’épaules, ou au niveau de la taille, selon ce qui est le plus confortable pour vous,  et bercez-vous, comme vous le feriez avec un enfant inquiet, triste ou en colère.

Tout en vous berçant, parlez-vous avec tendresse, indulgence, du style « Je sais combien ce que tu vis en ce moment est difficile. Je sais que tu fais de ton mieux. Alors ne t’en veux pas si les choses ne se passent pas exactement comme tu le souhaiterais. On va trouver des solutions. »
Exactement, comme vous consoleriez une amie proche, une soeur, un frère, un enfant pour qui vous éprouvez une profonde affection.

Selon Ethan Kross, professeur de psychologie à l’Université du Michigan : «  Le langage nous offre cet outil de prise de distance avec nos propres expériences lorsque nous réfléchissons à nos vies. Et c’est réellement en cela qu’il est utile. (…)  en nous parlant à nous-mêmes, nous essayons de voir les choses plus objectivement ».

D’expérience, cela vous apportera un certain apaisement, de la douceur. Vous apprendrez aussi, quelle que soit la situation, à vous apporter réconfort et distance par rapport à une difficulté, une émotion déstabilisante. De façon accessible et autonome.

 Notre deuxième invitation : clarifiez vos besoins

Pour éviter la déception, l’agacement, le mal-être, – qui peuvent d’ailleurs parfois surgir sans trop savoir pourquoi- , nous vous invitons à  réfléchir sereinement à vos besoins de façon précise, concrète, en faisant la distinction entre  : 

  • Vos besoins non négociables, c’est à dire vos besoins « presque vitaux », dont la satisfaction est nécessaire pour vous permettre de vous sentir bien.
    Par exemple, cela pourrait être : « Il est vital pour moi de travailler dans un environnement calme, sans être dérangé(e) », ou « Il est vital pour moi de faire du sport ». Ou encore « Il est vital pour moi de rester en lien avec les autres, surtout en ce moment où je me retrouve confiné(e) seul(e). »
  • Vos besoins négociables : s’ils ne sont pas satisfaits, vous pouvez trouver des alternatives qui les compenseront, sans trop d’inconfort pour vous.
    Par exemple : « J’aimerais courir (besoin négociable). Comme cela ne m’est pas possible,  alors je vais remplacer le jogging par …… »
    Autre exemple : « Bien sûr, j’aimerais sortir et rencontrer mes amis (besoin négociable) mais ce n’est pas possible. Je vais donc organiser des rencontres virtuelles, par WhatsApp, Zoom, Skype … Et je vais m’accorder du temps pour regarder des films ou des documentaires, écouter des podcasts sur des sujets qui m’intéressent et vont me permettre de me sentir connecté(e) avec l’extérieur. »

L’idée avec cette deuxième invitation, c’est de reprendre la main : quelle que soit la situation, nous avons toujours le moyen d’être actrice, acteur de nos vies avec des possibilités d’actions, y compris dans un espace limité – en terme de place ou de possibilités d’actions- comme le confinement nous l’impose.

La psychologie positive nous apprend combien il est important d’avoir un pouvoir d’influence, d’actions sur notre environnement pour nous sentir vivants,  autonomes. 
A l’inverse, subir sans avoir de possibilité d’actions réduit significativement notre sentiment de bien-être et notre motivation à entreprendre, à agir.

Alors vraiment, lancez-vous, agissez sur ce qui est à votre main. Mettez du mouvement dans votre quotidien.

 Notre troisième invitation : (re) nouez enfin avec vous-même !

Le confinement offre des occasions uniques de centrer son action sur un besoin essentiel que nous avons toutes et tous, mais qui peut être mis de coté dans le tourbillon de la vie : le besoin que nous avons de nous relier à nous-même, de prêter attention à ce qui nous anime vraiment. Parfois aussi de faire la paix avec nous-même.

Ce temps de confinement nous offre la possibilité d’une introspection si nous le souhaitons. Frédéric Lenoir parle de « chemin de déliaison, c’est à dire de libération intérieure. » Ce chemin qui passe par une meilleure connaissance de soi est essentiel pour nous aider à prendre conscience de nos croyances limitantes, nos freins …
Bref à clarifier ce qui nous entrave, nous empêche d’être nous même. Parce que soyons honnêtes : qu’est ce que nous nous bridons dans la vie ! Que de temps pour apprendre à se libérer, à s’autoriser à ETRE, à nous donner vie telles que nous sommes en nous exonérant du regard des autres … et de notre propre regard quand il est trop normatif.  

Alors, profitez de ce temps suspendu pour vous écouter, vous faire du bien en vous accordant de beaux moments qualitatifs : écouter de la musique, prendre un bain moussant, rêvasser, lire, écrire, dessiner….

 Notre quatrième invitation : redessiner, ensemble, les « règles du jeu »

La période de confinement remet en cause nos habitudes ; nous n’avons pas, même au sein d’une même famille, les même envies, les même besoins :  notre rapport au temps, aux rythmes, notre rapport à l’extérieur diffèrent d’une personne à l’autre. Sans compter les besoins de concentration et de tranquillité nécessaires lorsqu’il y a télétravail, qui nécessitent de trouver des arrangements avec le conjoint, surtout si on est deux à télétravailler et que l’on a de jeunes enfants.

Dans ces conditions, redessiner ensemble les règles du jeu pour que chacune, chacun y trouve son compte est indispensable pour cohabiter dans le calme, l’harmonie et le plaisir.

Parler chacun de ses besoins, négociables et non négociables, entendre ceux des autres avec bienveillance, sans jugement est indispensable afin de trouver ensemble des terrains d’entente, des règles communes. De composer en ce qui concerne les besoins négociables, de trouver des arrangement pour les besoins non négociables. En inventant, en imaginant de nouvelles façons de faire. En faisant aussi l’impasse sur certains règles habituelles, en lâchant le non important. 

Cela n’est pas facile lorsque nous avons nos petites rigidités installées. Mais c’est le prix à payer si l’on veut profiter de cette expérience de confinement, avec ses cadeaux précieux.

Notre cinquième invitation : cultiver la pleine présence

Si on travaille actuellement de chez soi, en télétravail, l’absence de temps de transport pendant le confinement est un cadeau inestimable, particulièrement pour les voyageurs parisiens ou d’Ile de France qui vivent des temps et des conditions de transport souvent si éprouvants.
Lorsque l’on est en chômage partiel, on jouit d’un luxe rare : celui d’avoir soudain du temps.

Comment en profiter au mieux ?

C’est le moment de ralentir, d’être vraiment à ce que l’on fait, de prendre le temps de bien faire les chose à chaque fois que cela est possible.
Il est probable que ce ne soit pas facile, pas naturel, tant nous avons l’habitude de faire vite, plusieurs choses à la fois, de prévoir, d’anticiper, planifier. Autant d’occasions de n’être pas complètement – voire pas du tout- à ce que l’on fait.

Au bout de deux semaines de « décompression » par rapport à nos rythmes habituels, il devient plus aisé de (ré)apprendre à vivre ici et maintenant.  La méditation nous apprend combien la pleine présence, la pleine conscience sont précieuses parce qu’elles augmentent notre capacité à goûter sensoriellement le temps présent, et donc à être plus attentifs aux belles choses de la vie.

Parce que la situation actuelle nous met « en tension », elle exacerbe notre bonheur du quotidien, ce bonheur des petites choses pour peu qu’on y prête attention.  En effet, l’urgence de la situation sanitaire, l’inquiétude pour nos proches, à plus forte raison lorsqu’ils travaillent au service des bien portants, et plus encore au service des malades,  le drame que vivent certaines familles rendent d’autant plus précieux, fragiles, l’amour que nous éprouvons pour nos proches, l’amitié, les liens qui nous unissent.

La quiétude d’une douce journée, la chaleur du foyer prennent toute leur saveur en cette période si particulière.
Dégustons-les à leur juste valeur.
Exprimons notre affection avec sincérité, même s’il nous en coûte lorsque nous n’avons pas appris à le faire, à dire et à montrer nos sentiments.

Aidons, à notre mesure, en fonction de nos possibilités et en respectant scrupuleusement les gestes barrières, les personnes qui ont en besoin.

Tant de belles initiatives fleurissent autour de nous *.

C’est cela, aussi, donner du sens au confinement.

 

Sources citées

  • Article  « Se parler à soi-même est bénéfique » par le comité « psychologue.net ICI 
  • « La Puissance de la joie », de Frédéric Lenoir
* Initiatives solidaires :
–  « Une lettre, un sourire » : pour rompre l’isolement des résidents d’Ehpad, 10 cousins ont eu
l’idée d’une plateforme permettant à nous toutes et tous, d’envoyer une lettre à une personne âgée isolée.
Elisabeth & Nathalie

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